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Parc du
Mont-Royal.

park

Les Montréalais l'appellent simplement « la montagne » — et ils en sont fiers. Le parc du Mont-Royal est le plus grand et le plus beau parc vert de la ville, cent hectares de pentes boisées et de prairies herbeuses s'élevant à 232 mètres, plantés d'environ 60 000 arbres et peuplés d'une réserve inépuisable d'écureuils. Il a été conçu en 1874 par Frederick Law Olmsted, l'architecte paysagiste à l'origine de Central Park à New York, et inauguré en 1876 ; un siècle et demi plus tard, il fait toujours exactement ce qu'il avait prévu, c'est-à-dire donner l'impression à celui qui en emprunte les sentiers d'avoir quitté la ville. Sa survie n'était pas assurée. Dans les années 1960, un projet de tour d'observation de près de 300 mètres au cœur de la montagne a failli transformer entièrement le paysage, et c'est une vigoureuse opposition citoyenne qui l'a arrêté — un combat qui a donné naissance, il y a quarante ans, à Les Amis de la montagne, sur le principe qu'aimer la montagne signifie aussi savoir dire non. L'histoire remonte plus loin encore : au dix-huitième siècle, la première occupante du sommet était Marie Carrière, qui exploitait une ferme d'au moins vingt-cinq arpents, labourant, semant et élevant du bétail, suivie de Suzanne Courault — un rappel du nombre de femmes qui ont cultivé ces terres.

Le parc est fait pour la promenade. Des sentiers sillonnent toute la montagne, débouchant sur une série de belvédères concentrés sur le flanc est ; le plus beau est le belvédère Kondiaronk, juste devant le chalet du Mont-Royal et au-dessus de McGill, qui offre la meilleure vue de Montréal sur les tours du centre-ville et le Saint-Laurent au-delà. Le chalet lui-même est orné de tableaux retraçant l'histoire de la ville, beaucoup par des artistes bien connus. Le lac aux Castors, un étang artificiel de deux cents mètres par cent cinquante — ancre le côté ouest, son pavillon étant un bel exemple d'architecture moderniste québécoise et ses pelouses l'endroit idéal pour s'étendre et ne rien faire du tout. Plus haut se dresse la croix : trente mètres de haut, érigée en 1924 en l'honneur de Maisonneuve, qui avait promis de porter une croix en bois jusqu'au sommet si la jeune colonie survivait aux inondations du 6 janvier 1643, et illuminée la nuit comme l'un des symboles déterminants de la ville. Plus de la moitié de la montagne, pendant ce temps, est consacrée à des cimetières où reposent de nombreux Québécois éminents — le cimetière catholique Notre-Dame-des-Neiges seul couvre près de 140 hectares avec 55 kilomètres de sentiers, aux côtés du cimetière Protestant Mount Royal et de deux petits cimetières juifs.

Il y a toujours quelque chose à faire. Pendant les mois plus chauds, la montagne se remplit de coureurs, de cyclistes, de pique-niqueurs, de cavaliers et de joueurs de frisbee, et il n'est pas rare de voir les chevaux de la Gendarmerie royale canadienne trotter dans les sentiers ; l'observation des oiseaux y est excellente, particulièrement le long des sentiers pédestres où ont été installés des mangeoires. Au pied de la montagne le long de l'avenue du Parc, autour du monument à Sir George-Étienne Cartier, les tam-tams du dimanche rassemblent tambourinaires et danseurs tout l'été dans un rituel hebdomadaire joyeusement hippie. En hiver, le parc se transforme en pistes de glissade et en colline de traîneau, une patinoire réfrigérée, des sentiers de raquettes et de ski de fond, et des promenades en traîneau à cheval dans la neige. Les Amis de la montagne offrent des activités et des services toute l'année, dont une exposition permanente à la Maison Smith.

Les tempêtes ont causé des dégâts — la tempête de verglas de 1998 a détruit des milliers d'arbres — mais la montagne persiste, et l'attachement aussi. Le parc du Mont-Royal est l'endroit où Montréal vient respirer : une nature sauvage à cinq minutes du centre-ville, défendue par ceux qui l'utilisent, et le meilleur endroit de la ville pour se tenir debout et se regarder.