La Fontaine des Trois Grâces est une histoire qui contient, en miniature, toute l'histoire de Montpellier. Conçue par l'architecte de la ville Jacques Donnat, avec sa sculpture confiée à l'artiste marseillais Étienne d'Antoine, la fontaine a d'abord été pensée pour orner la place de la Canourgue — dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, la plus prestigieuse place de la ville. Mais son chemin vers la gloire n'a pas été sans embûches. La décision de l'ériger est venue en juin 1770 ; d'Antoine a été choisi en 1773 et a commandé son marbre de Carrare ; et bien que le travail ait été officiellement achevé et « reçu » en 1776, un long et sinueux procès entre le sculpteur et la ville l'a laissée abandonnée pendant des années dans l'ancien bâtiment consulaire. Ce n'est qu'avec l'apaisement des tensions révolutionnaires, le 19 floréal an V (1797), qu'elle a finalement été installée sur la place de la Comédie, après la démolition de la porte de Lattes. Son bassin, dit-on, a même été réutilisé à partir de la base en marbre de la statue de Louis XIV au Peyrou, détruite pendant la Révolution.
L'œuvre elle-même est un tableau gracieux. En son centre, au sommet d'un amas de rochers, des chérubins sont disposés en trois paires ; au-dessus d'eux, une petite plateforme circulaire supporte un socle en marbre torsadé soutenant les Trois Grâces. Elles se tiennent dos à dos, se tenant les mains, un bras levé et l'autre abaissé, des guirlandes de roses dans leur saisie. Dans la mythologie, les Grâces étaient les filles de Zeus et de la néréide Eurynomé — petites-filles d'Océan et de Thétys, et connues des Grecs sous le nom de Charites. Elles incarnaient la beauté de la vie, la séduction, et même la fertilité : Aglaé pour la beauté et la splendeur incomparables, Euphrosyne pour la joie et l'allégresse, et Thalia comme déesse des célébrations, des festins et des grands banquets — des figures appropriées, certes, pour la ville de Montpellier.
La statue a été déplacée ça et là sur la place de la Comédie au fur et à mesure que ses environs ont changé au fil des décennies, trouvant un foyer apparemment définitif en 1894 au sommet du célèbre « Œuf » — le centre en forme d'œuf de la place — qu'elle surveille depuis avec un regard jaloux, rendant les regards familiers des innombrables Montpelliérains qui passent à ses pieds. De nouveaux travaux en 1976 l'ont déplacée de quelques mètres, mais le plus grand déménagement est venu en 1989 : affaiblie par la pollution atmosphérique et le trafic de plus en plus dense, l'original a été enlevé, a passé deux ans au Musée Fabre, et a finalement été placée dans le hall de l'Opéra Comédie pour sa protection. Ce qui couronne l'Œuf aujourd'hui est donc une copie en résine fidèle.
La fontaine a bénéficié d'une rénovation complète achevée en janvier 2003, avec deux bassins doublés de calandons rappelant son apparence antérieure, des effets d'eau avec des cascades sur les marches et des jets entrecroisés, et un éclairage nocturne baignant le bord, le canal extérieur et les petits chérubins de bleu. Copie ou pas, la Fontaine des Trois Grâces reste l'un des grands symboles de Montpellier — l'un auquel toute la ville reste profondément attachée — se dressant au cœur même de la place de la Comédie.