Parmi la constellation de musées français, le Musée Fabre se distingue par la qualité exceptionnelle de ses collections, constituées au fil du temps par quelques collectionneurs avisés, tous originaires de la région et fiers d'avoir contribué à créer un musée exemplaire hors de Paris. Sa grande rénovation de 2007 a couronné plus de deux siècles d'efforts pour promouvoir les arts à Montpellier. Un film à l'entrée de l'Atrium accueille désormais les visiteurs avec un parcours dans l'histoire du musée, de ses origines à cette grande rénovation, en rendant hommage aux figures majeures qui l'ont façonné à travers des plans animés, des photographies et des images d'archives.
La collection se déploie selon plusieurs grands parcours. Le parcours des Anciens Maîtres (salles 2 à 36) présente peintures et sculptures de la Renaissance au début du XIXe siècle : un panorama couvrant la France, l'Italie, les Pays-Bas et l'Espagne, à l'époque où l'art européen redécouvrait l'Antiquité, inventait la perspective et affinait son modelé, faisant peu à peu de l'art un monde à part, avec ses propres règles, ses modèles et ses maîtres. Le parcours moderne et contemporain (salles 37 à 52) peut se lire comme une histoire de la lumière en peinture : un panorama de l'art français du XIXe siècle suivi des grandes figures du XXe siècle, ancré dans l'exceptionnel legs du collectionneur montpelliérain Alfred Bruyas (1821-1877), l'un des témoignages les plus complets de son époque, couvrant le romantisme, le naturalisme, l'école de Barbizon et le réalisme. Il est enrichi par deux grands artistes locaux, Alexandre Cabanel (1823-1889) et Frédéric Bazille (1841-1870), et traverse les expérimentations impressionnistes, puis la couleur fauve et expressionniste, jusqu'au « noir-lumière » inventé par Pierre Soulages en 1979.
À quelques pas de là, le département des arts décoratifs occupe l'hôtel de Cabrières-Sabatier d'Espeyran, un hôtel particulier construit en 1874 et légué en 1967, une fenêtre rare sur l'art de vivre de la bourgeoisie montpelliéraine du XIXe siècle. Le rez-de-chaussée présente les céramiques et l'orfèvrerie du musée, les salons de réception du premier étage évoquent la vie et le goût des propriétaires d'origine, les Despous de Paul, dans des décors admirablement conservés, tandis que le second étage, plus intime, retrace une histoire des styles de la Régence au début du XIXe siècle.
Le musée est également célèbre pour son cabinet des arts graphiques, qui compte plus de 5 000 feuilles de dessins, gravures et estampes réunies grâce à la générosité de donateurs régionaux (Fabre, Valedau, Bonnet-Mel, Canonge, Bruyas, Cabanel). Il couvre aussi bien les dessins de la Renaissance italienne (Raphaël, Daniele da Volterra) que les remarquables œuvres françaises du XVIIe siècle et néoclassiques (Le Brun, Le Sueur, Fabre, Gauffier), ainsi que des noms modernes comme Hugo, Matisse et Hollan. Les œuvres sur papier étant très fragiles, elles sont conservées en réserve et ne sont présentées que périodiquement, pendant trois mois tous les trois ans, sous une lumière très faible. Elles sont entièrement numérisées en ligne et dévoilées saison après saison à travers des présentations thématiques. Parmi les nombreux chefs-d'œuvre du musée figurent la Vue de village (1868) de Bazille, la Sainte Agathe de Zurbarán, L'Homme aux rubans noirs de Sébastien Bourdon, la Femme accoudée sur le bras d'un fauteuil (1941) de Matisse, le Blanc (1974) de Simon Hantaï et une étude de Raphaël, Homme penché en avant.
La programmation reste vivante toute l'année. La grande exposition temporaire Guimet + Chine se tient jusqu'au 1er novembre 2026, et à partir du 27 juin 2026 le musée présente Le Design selon Pierre Paulin (1927-2009), une grande rétrospective consacrée à ce designer célèbre, et la toute première exposition que le Fabre consacre au design du XXe siècle. Parallèlement aux expositions, un calendrier complet d'événements, d'ateliers et de journées familiales traduit la mission du musée : ouvrir la culture au public le plus large possible.
Riche, exemplaire et profondément enraciné dans sa ville, le Musée Fabre est l'un des grands musées d'art de France, un lieu où voyager à travers cinq siècles de peinture, de sculpture et d'arts décoratifs, au cœur même de Montpellier.